Conférence par Élisabeth Caude, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau et co-comissaire de l'exposition présentée au Musée National des Châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.
Audaces d’un style explore la genèse d’une esthétique unique et inventive, située à la croisée des héritages classiques et des aspirations politiques d’un régime en mutation. Présentée au château de Bois-Préau, l’exposition prolonge et éclaire le parcours permanent de Malmaison, enrichi pour l’occasion d’œuvres inédites, offrant ainsi un regard renouvelé sur l’art consulaire.
Les dix années qui s’étendent de 1795 à 1804 voient s’épanouir un art de vivre foisonnant. Au goût de la fête de la jeunesse dorée et extravagante du Directoire répond, sous le Consulat, l’appétence pour le luxe d’une société en pleine recomposition. L’élégance des lignes et l’engouement pour l’exotisme, hérités du XVIIIe siècle, se conjuguent aux influences de Rome, de Pompéi, de la Renaissance, sans oublier celle de l’Égypte antique, que l’expédition du jeune général Bonaparte offre en prétexte renouvelé à une rêverie d’Orient.
Cette décennie voit également l’ascension politique du général Bonaparte. L’instauration du Consulat, puis du Consulat à vie, s’accompagne d’une redéfinition du cadre symbolique du pouvoir. La grandeur antique s’impose ici aussi comme modèle : le retour du siège curule, associé à la magistrature romaine, en témoigne. L’exposition retrace cette mise en scène du pouvoir, à travers les choix esthétiques et protocolaires du régime consulaire.
Percier et Fontaine à Malmaison
La conférence portera plus spécifiquement sur les grands travaux d’aménagement du château de Malmaison entrepris pour le couple Bonaparte entre 1800 et 1802. Placé sous la direction de Charles Percier (1764-1838) et de Pierre-Léonard Fontaine (1762-1853), architectes-décorateurs parmi les plus influents de leur temps, ce chantier fondateur joue un rôle décisif dans l’élaboration de ce qui s’imposera bientôt comme le goût consulaire.
À travers l’étude des décors et de l’ameublement de Malmaison — parmi les rares ensembles de cette période conservés in situ — la conférence met en lumière un répertoire formel nourri de références à l’Antiquité romaine, à la Renaissance et à l’Égypte antique. Véritable laboratoire esthétique, Malmaison apparaît ainsi comme un témoignage exceptionnel des arts décoratifs sous le Consulat, mais aussi comme le reflet des ambitions politiques et des choix de goût du Premier Consul et de son épouse, Joséphine.

