Pour cette exposition à la Médiathèque de Rueil-Malmaison, Bertrand de Miollis présente un ensemble de linogravures monochromes et en trois teintes.
Le procédé de la plaque perdue — qui transforme irréversiblement la matrice à chaque passage — engage l’artiste dans un élan décisif. Il faut choisir, tailler, imprimer, retrancher, avancer. Chaque étape efface la précédente pour faire naître l’image dans sa forme la plus vibrante.
Ici, graver est un acte solaire.
Ce qui est retiré fait jaillir la lumière.
Les paysages, souvent dépourvus de présence humaine, ne sont jamais froids. Les contrastes sont saisissants. Une façade frappée par le soleil s’anime soudain, devient presque visage, irradiée de clarté. Un rivage, un jardin, une architecture se chargent d’une intensité sensible.
À l’approche de l’été, ces œuvres invitent à une circulation libre du regard. La lumière n’est pas posée : elle est inscrite dans la matière même. Elle pulse dans les tailles, elle respire dans les blancs, elle vibre dans la couleur.
Graver la lumière, c’est transformer la surface en énergie. C’est faire du geste une source d’éclat.
Bertrand de Miollis est artiste peintre et graveur. Son univers profondément lumineux puise dans ses souvenirs de voyages, ses paysages traversés et les territoires rêvés qu’il prolonge par l’imagination.
Il pratique la linogravure comme un art du geste direct et engagé. La gouge devient pinceau : elle trace, elle entaille, elle caresse, elle libère la lumière. Le noir n’est jamais pesant — il est profondeur, il est écrin. Les blancs respirent. Les formes vibrent.
Ses œuvres, monochromes ou imprimées en trois teintes selon la technique exigeante de la plaque perdue, conjuguent précision et spontanéité. Chaque estampe porte la mémoire d’un mouvement sûr, presque instinctif. La matière enlevée n’est pas perte : elle est révélation.
Graver, pour lui, c’est faire surgir la lumière du cœur même de la surface.
Bertrand de Miollis est peintre Officiel de la Marine et membre de la Fondation Taylor.
Chez Bertrand, l’oeil est aussi invité à parcourir une route qui va se perdre au loin, à s’étirer avec ces corps féminins qui s’élèvent, leurs bras se confondant avec les feuillages, comme s’ils voulaient rivaliser avec les arbres alentour. L’artiste est ancré dans le sol qui nous est commun, mais il sait nous faire ressentir le souffle du vent, la torpeur d’un soir d’été et la fraîcheur d’une chapelle. Chez lui, on a le sentiment d’un instant capturé, comme en suspens.
Hélène Bonafous-Murat, expert en estampes anciennes et modernes


