Un artiste, une œuvre, une technique, un atelier

Odilon Redon

Bertrand Redon dit « Odilon Redon » est né en 1840 à Bordeaux, son père et sa mère, une créole d’origine française sont revenus de la Nouvelle - Orléans pour s’établir en France. C’est un enfant de santé fragile et il est confié à son oncle, régisseur de la propriété familiale de Peyrelebade située entre Landes et Médoc. De cette enfance solitaire dans un paysage austère, Redon gardera un esprit rêveur propre à inventer des mondes étranges et fantasmagoriques. Il fait son apprentissage d’artiste chez un peintre aquarelliste bordelais Stanislas Gorin, cependant influencé par son père, il se dirige d’abord vers l’architecture mais échoue à l’examen. Bientôt deux rencontres vont influencer son travail artistique à venir : celle du botaniste Armand Clavaud qui l’initiera à l’observation du monde vivant au microscope, d’où plus tard dans ses gravures, des hybridations audacieuses entre végétal et humain ; puis celle de Rodolphe Bresdin, un artiste graveur visionnaire qui lui apprendra les techniques de l’estampe. Odilon Redon va désormais travailler à ce qu’il appelle « ses noirs » : entre fusain et lithographie, il invente un monde peuplé d’êtres hybrides dans des territoires inconnus. En 1879, Odilon Redon fait paraitre sa première suite lithographique sous le titre, « dans le rêve ». Bientôt ses contemporains le surnommeront « le prince du rêve ». D’autres recueil de lithographies suivront : à Edgard Poe, hommage à Goya, la nuit, songes. Ainsi à la palette claire, au plein air des impressionnistes s’oppose maintenant en cette fin de siècle, le clair-obscur inquiétant de l’estampe symboliste qui se développe sur l’axe Bruxelles -paris ; Odilon Redon en est une figure majeure pour les arts graphiques. Pourtant bien que « ses noir » obtiennent une reconnaissance certaine de la part de ses contemporains, dont le critique Joris Karl Huysmans ; l’artiste va peu à peu abandonner cet univers noir et blanc entre rêves et cauchemars, pour les couleurs les plus éclatantes qui soient. Dès 1890 son inspiration se tourne vers la mythologie gréco-latine, il créé au pastel et à l’huile des univers oniriques aux teintes somptueuses, où se retrouvent les dieux de l’olympe. D’autre part il se lance dans la réalisation de décors peints à la détrempe. Là, arbres et floraisons envahissent l’espace des murs, comme au château de Domecy-sur-Cure, une commande décorative de son ami Robert de Domecy. Odilon Redon voyage beaucoup en Europe notamment à Venise et à Amsterdam. Il expose à Bruxelles au salon des xx, où de nombreux artistes impressionnistes sont invités dont Claude Monet, Auguste Renoir, Paul Cézanne. En 1913, ses œuvres sont aussi montrées à New – York, dans le cadre de l’Armory show. Odilon Redon a été un peu isolé au milieu de ses contemporains, mais par ailleurs il a ouvert des portes à d’autres générations et mouvements artistiques, tant dans son attention portée au monde intérieur de l’artiste et à ses fantasmes, qu’au développement d’un espace coloré et décoratif. Il a influencé de jeunes artistes, de Paul Gauguin à Henri Matisse. Le groupe des nabis lui doit aussi beaucoup entre autres dans ses réalisations de décors peints.

Portrait d'Odilon Redon

Une œuvre : « La fleur du marécage »

Les esprits en cette fin de siècle sont encore dominés, par le souvenir des grandes figures artistiques de la période romantique tel Delacroix et Goya auquel Redon rend hommage ici. En effet il été profondément marqué par les gravures de Goya et plus particulièrement par les « Caprices », qui font la part belle à l’imaginaire le plus noir.

Dans cette lithographie « la fleur du marécage » l’artiste reprend un principe d’hybridation entre végétal et humain, car son apprentissage chez le botaniste Armand Clavaud lui en avait donné le goût ; et cette incarnation de la flore et de la faune est un sujet souvent repris dans la littérature du 19ème siècle. On peut aussi retrouver ces mêmes métamorphoses dans les dessins oniriques de l’illustrateur Grandville et celles-ci ont certainement inspiré Redon.

Sur le nouvel album de lithographie d’Odilon Redon « hommage à Goya », Joris Karl Huysmans écrivain et critique d’art de l’époque publiera dans la revue indépendante, un poème en proses sur la « fleur du marécage » ; où il décrit l’expression de cette tête livide pareil à celle d’un pierrot usé, d’un vieux clown. A partir du premier recueil de lithographie « dans le rêve » dix autres suivront jusqu’en 1899 date à partir de laquelle Redon se consacrera à la peinture.

« Dans le rêve » : planche 2, Germination,1879, lithographie

Lithographie sur papier de Chine d’Odilon Redon ,1885, 27,5cm x 20,5cm
(Une tête humaine et triste, planche 2, recueil de lithographie : hommage à Goya)

Une technique : la lithographie

Contrairement à la gravure en relief (gravure sur bois, linogravure…), ou en creux (eaux fortes), la lithographie (du grec lithos : pierre et graphie écriture) est une technique d’impression à plat inventé en 1796 et1798 par l’allemand Aloÿs Senefelder. Ce procédé est fondé sur la répulsion naturelle de l’eau face à un corps gras. Sur une pierre calcaire polie et plus ou moins grainée, on dessine à la plume ou au crayon lithographique.

Le gras de l’encre ou du crayon est fixé sur la pierre grâce à un apprêt chimique composé d’une solution acidulée et de gomme arabique appliqué sur sa surface. Sous la presse à imprimer l’encre grasse d’imprimerie est acceptée face à la trace grasse du dessin et rejeté partout ailleurs où la pierre est seulement mouillée.

Pierre lithographique

Dessin au crayon lithographique sur la pierre